Dans le monde de la mode, un défilé est souvent perçu comme un spectacle. Lumières. Musique. Mannequins. Démarche. Mais lorsque la mode s’invite dans le domaine philanthropique, le rôle d’un défilé change. Il doit dépasser l’esthétique. Il doit communiquer. Il doit créer un lien. Il doit émouvoir.
C’est cet univers qui m’a toujours attiré. La rencontre entre défilé, théâtre et récit.
Paradis Urbain, un défilé de mode caritatif que j’ai présenté en 2025 à la Maison Alcan de Montréal, illustrait parfaitement cette approche. Il a été conçu non seulement comme une expérience visuelle, mais aussi comme un récit. Un spectacle destiné à susciter des émotions et à faire comprendre aux spectateurs l’importance de leur présence.
Les événements philanthropiques doivent se démarquer. La thématique est très importante. Et une bonne production est essentielle. Il faut toucher les gens émotionnellement et leur faire comprendre l’importance de leur contribution.

Lorsqu’un défilé devient théâtre de mode
Dès l’idée de départ, Paradis Urbain a été conçu comme un théâtre de mode plutôt qu’un défilé traditionnel. Au lieu d’un flot continu de mannequins, la production était structurée en trois actes, chacun articulé autour d’un thème central : le courage, la créativité et la haute couture.
Chaque acte avait son propre rythme, ambiance et émotion. Le podium lui-même était plus intime, renforçant l’approche théâtrale et invitant le public à plonger dans une expérience plutôt qu’à se contenter de jouer un rôle passif. Les mouvements étaient plus lents. La mise en scène était plus précise. Le message était au cœur du spectacle.
Quand un défilé se fait au ralenti, ça se ressent. Cela crée un espace pour l’émotion, pour le récit, pour la connexion.

Un casting comme choix narratif
L’un des éléments les plus marquants de Paradis Urbain a été le casting. Aux côtés de mannequins professionnels, mon équipe et moi avons organisé un casting sauvage, pour notamment inclure des personnes vivant avec des problèmes de santé mentale et des clients de UP House, un centre communautaire montréalais.
Pour le volet ‘courage’, le casting était ultra-important. On voulait des personnes authentiques sur le podium. Des gens qui ressentiraient profondément la thématique du volet.
Pour la grande finale du défilé, on a choisi une personne extrêmement timide de la communauté UP House. Dernier mannequin à défiler, les autres participants sur scène lui ont remis des médailles, une métaphore visuelle inspirée du lion craintif du Magicien d’Oz. Une figure discrète, visiblement réservée, au cœur d’un moment soulignant le courage.
Ce jeune homme est profondément timide. Mais grâce à nos échanges et à la confiance qu’il a développée en lui, il a accepté le rôle que nous lui avons proposé. Et quand il est apparu sur scène, on a senti l’atmosphère changer. Il était entouré d’amour, et c’est ça qui l’a transformé.

Direction, énergie et psychologie du défilé
La direction est au cœur de ma philosophie de production. Je ne crois pas aux défilés neutres ou aux démarches génériques. Chaque mannequin est un personnage. Chaque entrée sur scène doit avoir sa place. C’est une énergie. C’est dans le regard. C’est l’attitude. C’est le bon timing.
Et même le jour du défilé, le travail ne s’arrête jamais.
Il y a toujours un dernier mot avant qu’un mannequin sorte sur la passerelle. Plus vite. Plus lentement. Donnes-en plus. Fais-nous ressentir le mood. Plus dynamique. Cette dernière consigne change tout.
Ayant moi-même été mannequin, je comprends ce qui se passe en coulisses. Les mannequins ont besoin de confiance. Ils ont besoin de se sentir soutenus. Et cette énergie se traduit directement dans ce que le public perçoit.

Créer l’émotion avec une précision technique
Je rédige les scénarios. Je construis la structure du show. Toutes les personnes impliquées doivent connaître l’histoire que l’on raconte.
Les réunions de production, les mood boards et le développement du concept débutent bien avant le casting. Les références visuelles sont définies très tôt. La tonalité émotive est établie. L’exécution est planifiée en même temps que le créatif.
Il est essentiel de savoir non seulement ce que l’on veut créer, mais aussi comment le réaliser concrètement.
Pour les événements caritatifs, cette orchestration est d’autant plus importante. Plutôt que de longs discours, je préconise souvent des vidéos d’introduction courtes et percutantes qui communiquent la cause de manière claire et cinématographique.
Lorsque le spectacle commence, le public doit déjà savoir pourquoi il est là. La mode devient alors le prolongement de ce message.
Grâce à des productions comme celle-ci, je continue de voir la mode non seulement comme une industrie portée par la beauté, mais aussi comme un moyen de communication. Un média capable de raconter des histoires humaines, de créer une résonance émotionnelle et de transformer un podium en un espace où le sens, et non le simple vêtement, est au coeur de tout.

Producteur création, directeur artistique et directeur casting: Hans Koechling
Production en coulisses: Christina Louiso
Ingénieur sonore de l’événement: Christian Pronovost
Conception de l’éclairage: Erick Dionne
Mannequins: Up House, Up Beat Casting, Montage
Équipe coiffure, sous la direction de: Stephane Scotto Di Cesare
Maquillage sous la direction de: Alexandre Deslauriers
Stylisme mode: Tinashe Musara
Créateurs vêtements et accessoires: Anne-Marie Chagnon, Biddel, Collège LaSalle, Couture to the Max, Helmer, Hip And Bone, Maison Marie Saint Pierre, Mikael D, Oscar Mendoza, Raphaël Viens, Widi’z